http://www.lesechos.fr/digital/ARCHIVES/PDF_20090514_LEC/docslib/articlepdf.htm?article=../article/4864109.pdf?journee=PDF_20090514_LEC
La Chine bouscule le classement des grandes places boursières
Pour la première fois de son histoire, la Bourse de Shanghai est passée
devant celle de Londres, d’après la capitalisation boursière totale de sa cote.
Une petite révolution qui confirme la percée des places asiatiques.
La City s’incline devant la
rutilante capitale économique de la Chine.Pour le
troisième mois consécutif, la capitalisation boursière de
l’ensemble des
sociétés cotées à Shanghai pèse plus
lourd que celui de Londres. Les
chiffres délivrés par leWorldFederation
of Exchanges (WFE) sont
sans appel.A la fin dumois d’avril,
le Shanghai StockExchange (SSE)
a affiché une capitalisation boursière
totale de quelque 1.949 milliards
de dollars, contre les
1.946milliardsannoncésparleLondonStockExchange(
LSE).L’écart
est mince, mais il était encore de
187 milliards de dollars au mois de
mars. Le même mois, le SSE s’est
même offert la quatrième place du
classementmondial des opérateurs
boursiers, devant la branche européenne
de Nyse Euronext. « Il y a
un vraimouvement vers lesmarchés
asiatiques,noteAxelPierron,senior
vice-president chez Celent et spécialistedesmarchésdecapitaux.
On
l’a vu d’un point de vue économique
; on le voit aujourd’hui d’un
point de vue boursier. »
Aucune société étrangère
L’avancée de Shanghai repose en
particulier sur la forte activité que
la place a connue ces derniers
mois. La valeur des volumes
échangéssur leSSEleprouve.Dès
février, ils totalisent quelque
384 millions de dollars, soit pile
trois fois le volume enregistré par
Euronext et environ 80%de plus
que celui engrangé par le LSE sur
la période. Shanghai reste toujours
loindevantLondres enavril,
avec une valeur totale des titres
échangés près d’un tiers supérieure,
à440millionsde dollars.Le
même mois, l’activité de la place
chinoise a dépassé leTokyo Stock
Exchange (TSE), considéré
comme l’un des trois grands
centres financiers mondiaux avec
Londres et New York.
« L’émergence de Shanghai est
portéepar lareprisede l’activité sur
le front des matières premières,
dans un pays qui en est l’un des
principaux consommateurs, indique
Axel Pierron. Les Bourses
chinoises enregistrent certes une
forte croissance de leurs volumes,
mais leurs produits restent globalementassez
simples,enraisond’une
réglementation restrictive. La variété
des instruments financiers est
beaucoupplus réduite que celledes
places américaines et européennes.
» Ce n’est pas tout.
Trouver d’autres débouchés
La Bourse de Shanghai a encore à
fairebeaucoupdeprogrèsavantde
s’imposer comme référence mondiale.
Nombre d’observateurs déplorent
lemanquedetransparence
de la place financière chinoise. Pis,
les informationsquienémanentne
sont pas d’une fiabilité à toute
épreuve.Dequoiinstillerlacrainte
parmi les étrangers qui souhaiteraient
miser sur les plates-formes
de la SSE. La cote de Shanghai
l’illustre mieux que tout autre ce
manque d’ouverture : elle ne
compte aucune société étrangère.
Enfin, le SSE bénéficie encore
de la piètre situation des marchés
occidentaux. Bien que remarqué,
le recul de Londres pourrait rester
temporaire.D’autant que la place
britanniquedispose d’atouts structurels.
« LaCity aunénormeavantage
géographique, explique Axel
Pierron. Elle est la seule place à
disposer d’horaires d’ouverture
communs avec l’ensemble des
autres grandes Bourses mondiales.
» L’essentiel de la bataille
entre les places pourrait néanmoinssejouerailleurs.
L’effondrement
des cours pousse les entreprisesdemarchéàtrouverd’autres
débouchés, au premier rang desquels
figurent les produits dérivés,
et, plus encore, les dérivés de crédit.
Ces instruments financiers
complexes, accusés d’être à l’origine
de la crise, sont visés par les
autoritésmondiales quisouhaitent
un encadrement plus strictde leurs
échanges. Un à un, les opérateurs
boursiers essayent de se positionner
sur ce marché. Dans ce domaine
comme sur les questions de
transparence, la page de Shanghai
reste vierge.
MATHIEU ROSEMAIN
Les Bourses asiatiques repartent
plus vite que les occidentales
Capitalisations. Depuis la fin janvier,
les capitalisations boursières
des places asiatiques ont avancé en
moyenne deux fois plus vite que
cellesd’Occident,d’après leschiffres
delaWorldFederationofExchanges.
LeShenzhenStockExchangeaffiche
la plus forte hausse, avec une progressionde37%
delacapitalisation
desacote, suivipar soncompatriote
le Shanghai Stock Exchange
(+ 25 %). La valorisation boursière
des sociétés cotées àHong Kong a
avancé de près de 30% sur la période,
tandis que celle de la Bourse
de Bombay prenait 17%. De leur
côté, les capitalisations des places
de Madrid et de Francfort ont progressé
d’unpeu plus de 9%et celle
de Londres de 10,7%. La branche
américaine de Nyse Euronext prenait
à peine plus de 2%,mais reste
loin devant avec quelque 9,6 milliards
de dollars de capitalisation.