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Les autorités chinoises soupçonnées de flirter avec le nationalisme économique

http://www.lesechos.fr/digital/ARCHIVES/PDF_20090319_LEC/docslib/articlepdf.htm?article=../article/4844018.pdf?journee=PDF_20090319_LEC

Les autorités chinoises soupçonnées de flirter avec le nationalisme économique

DE NOTRE CORRESPONDANT
À PÉKIN.

Les observateurs étrangers s’interrogent
sur les motivations
réelles du rejet du projet d’acquisition
du numéro un chinois des
jus de fruits par Coca-Cola.

Depuis septembredernier, tousles
investisseurs étrangers basés en
Chine guettaient l’évolution de la
tentative d’achat de Huiyuan par
Coca-Cola.Encasde succès,l’opération
aurait été célébrée comme
la plus importante acquisition
d’une entreprise chinoise jamais
réussie par un groupe étranger,
faisait figure de test et de l’ouverturedesautoritésdePékin.
Depuis
l’éclatement de la crise écono-
économique
mondiale, celles-ci se présentent
comme les meilleurs avocats
du libre marché.
Inquiets de la chute brutale de
leurs exportations et de la méfiance
grandissante dans plusieurs
pays à l’égard des investissements
massifs chinois, les plus hauts dirigeants
du pays affirmaient encore
ces derniers jours qu’ils condamneraient
les politiques protectionnistes
partout dans le monde. Et
qu’ils veilleraient à la protection
des intérêts des groupes étrangers
sur le territoire. La décision du
gouvernement de rejeter le projet
d’acquisition deCoca-Cola a donc
jeté un froid dans la communauté
d’affaires étrangère, qui se met à
douter de l’authenticité des engagements
chinois. « C’est un très
mauvais exemple. Cela va avoir un
impact négatif sur l’investissement
étranger », résumeMichaelGu, du
cabinetAllen andOverydePékin.
Des échecs à répétition
Découragées par l’intervention
des autorités de Pékin dans un
rapprochement amical, négocié
sur un marché peu stratégique,
entre une société américaine et
Huiyuan, un groupe privé coté à
Hong Kong et domicilié dans les
îles Caïmans, d’autres sociétés
étrangères pourraient décider
d’abandonner leurs projets d’acquisitions.
Les entrepreneurs craignent
désormais que le droit sur la
concurrence et sa toute nouvelle
loi antimonopole, avancés par Pékin
pour refuser l’acquisition, ne
permettent au gouvernement de
bloquer toutes les opérations jugées
non acceptables pour des raisons
légales ou autres.«Alors que
les commentaires semblaient indiquer
jusqu’ici qu’il n’y avait pas de
problème de droit de la concurrence
dans cette affaire, il va forcément
yavoirune suspiciond’instrumentalisation
de la loi », confirme
GuillaumeRougier-Brierre,unassocié
du cabinet Gide Loyrette
Nouel à Pékin.
S’il s’est efforcé de justifier légalement
sonrefus, le gouvernement
pourrait en réalité avoir cédé à la
pressiond’une partie de la population
et de certains caciques du
régime communiste qui s’opposent
toujours catégoriquement à la
vente de marques ou groupes
chinois à des étrangers. Les déboiresdeCoca-
Cola, qui font suite
à l’échec d’autres tentatives de
groupes étrangers, ne vont pas
manquer de flatter lesmilitants du
nationalisme économique chinois
qui bataillaient depuis septembre,
sur Internet et dans la presse,
contre l’opération.
A plus long terme, les experts
notent toutefois que la décision de
Pékin risque de se retourner
contre les sociétés chinoises qui
viennent justement de se lancer à
l’assaut d’actifs étrangers − en
Australie,Chinalcoespèreinvestir
19,5 milliards de dollars (14,9 milliards
d’euros) dans Rio Tinto − et
ont demandé à leurs partenaires
d’être traitées avec « équité ».
YANN ROUSSEAU