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Plan de relance : Pékin ordonne de privilégier les produits chinois

http://www.lesechos.fr/digital/ARCHIVES/PDF_20090618_LEC/docslib/articlepdf.htm?article=../article/4876663.pdf?journee=PDF_20090618_LEC

Plan de relance : Pékin ordonne de privilégier les produits chinois

La construction d’un pont à Guangzhou. Les entreprises chinoises se seraient
senties spoliées par les étrangers dans la première phase de déploiement
du plan de relance, surtout concentré sur des grands travaux d’infrastructures.
Qilai Shen/Bloomberg

CHINE Dans une surprenante directive, le gouvernement chinois vient de demander
à ses collectivités localesde favoriser les entreprisesdomestiquesdans l’attribution
demarchés publics. Lesgroupes étrangers s’inquiètent de ce «mauvais » signal.
DE NOTRE CORRESPONDANT
À PÉKIN.
près avoir mis en garde à
Ade multiples reprises de- puis l’automne dernier
tous ses partenaires commerciaux
contre « la tentation du protectionnisme
», le gouvernement chinois
vient officiellement d’ordonner à
toutesles collectivitésdupaysd’attribuer
un maximum de contrats
de son plan de relance à des sociétés
chinoises. Dans une directive
récemment publiée par la puissante
NDRC (Commission nationale
chinoise pour le développement
et la réforme) et signée par
huit ministères, les autorités indiquent
que les appels d’offres publics,
associés au plan de relance
marqueté à 4.000 milliards de
yuans (586milliardsdedollars)par
Pékin, ne doiventprofiter qu’à des
produits chinois à moins que les
équipements ne soient pas disponibles
localement ou « ne puissent
être obtenus dans des conditions
commerciales raisonnables ».
« Une mauvaise blague »
Dans leur communiqué, les ministères
semblent indiquer que la
nouvelle directive doit répondre
aux inquiétudes des entreprises
chinoises qui se seraient senties
spoliées par les étrangers dans la
premièrephase dedéploiementdu
plan de relance, essentiellement
concentré sur des grands travaux
d’infrastructures. « Certains appels
d’offres auraient contenu des
conditions discriminatoirespour limiter
illégalement les produits faits
enChine. C’est un phénomène évident
et très grave », explique le
gouvernement dans un communiqué
sans citer de cas précis.
Hier, à Pékin, les groupes
étrangers se disaient très surpris
par la nouvelle mesure. « Ca
pourrait être une mauvaise blague
», soufflait un patron européen.
Depuis l’annonce en novembre
dernier du plan de
relance, les étrangers ont souvent
l’impression d’avoir été les principales
victimes d’une politique sélective
des collectivités et de
l’Etat central chinois. Pourmaintenir
l’emploi dans leur région et
éviter l’explosion d’une crise sociale,
les gouvernements locaux
ont largement favorisé les entreprises
chinoises implantées sur
leur territoire − notamment les
structures publiques dans lesquelles
elles ont des parts − et ont
souvent écarté les sociétés non
domestiques des appels d’offres.
Le mois dernier, les cadres de
plusieurs groupes occidentaux
avaient révélé qu’ils avaient été
totalement exclus d’un contrat de
5 milliards de dollars portant sur
la production de 5,2 gigawatts
d’électricité éolienne, dont ils détiennent
pourtant les meilleures
technologies.
« Coopération cruciale »
« Dans l’actuel climat économique,
une politique proposantun
traitement préférentiel pour les entreprises
locales envoie un mauvais
signal à la communauté des
affaires », se désolait hier soir la
Chambre européenne de commerce
en Chine. «Actuellement,
la coopération internationale serait
cruciale pour assurer une reprise
économique », a poursuivi
l’organisation, qui regrette une
nouvelle fois le non-respect par
Pékin des principes de l’accord de
l’Organisation mondiale du commerce
sur lesmarchés publics. Ce
texte, qui est censé assurer à tous
les fournisseurs, quelle que soit
leur nationalité, un accès équitable
à tous les marchés publics
d’un pays, n’a toujours pas été
signé, malgré des années de pourparlers,
par le gouvernement
chinois.
YANN ROUSSEAU