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La Chine profite de la crise pour sécuriser son approvisionnement énergétique

http://www.lesechos.fr/digital/ARCHIVES/PDF_20090522_LEC/docslib/articlepdf.htm?article=../article/4866794.pdf?journee=PDF_20090522_LEC

La Chine profite de la crise pour sécuriser son approvisionnement énergétique

En moins de trois mois, Pékin a accordé, un peu partout dans le monde,
45 milliards de dollars de crédits en échange de livraisons, dans des conditions
privilégiées, de gaz et de pétrole.
DE NOTRE CORRESPONDANT
À PÉKIN.

Après trois joursde visite officielle,
une délégation brésilienne, emmenée
par le président Luiz Inacio
Lula da Silva, a quitté, mercredi,
Pékin avec en poche un prêt de
10milliardsdedollars de la banque
d’Etat chinoise China Development
Bank (« Les Echos » du
19 mai). Le crédit, négocié depuis
plusieurs mois par les deux capitales,
vapermettreaugroupebrésilien
Petrobras de financer une partie
de son plan d’investissement
quinquennal de 174 milliards de
dollars et notamment le très coûteux
développement de champs
dans les bassins pétroliers de Santos
et Campos. S’il sera remboursé
sur dix ans en dollars, le prêt est
garanti, sur la même durée, par la
livraisonannuellede 200.000 barils
debrutpar jourauraffineur chinois
Sinopec.
Aucoursdes troisderniersmois,
la Chine a accordé une demi-douzaine
de prêts similaires, pour un
montant total de 45 milliards de
dollars (lireci-contre), qui assurent
à ses grands groupes pétroliers un
accès privilégié aux réserves de
brut et de gaz dont la croissance du
pays continue d’avoir besoin, malgré
le ralentissement économique
mondial. En février, la China Development
Bank, qui subventionnelaplupart
des grandsprojets
énergétiques du pouvoir central à
l’étranger, avait déjà débloqué
25 milliards de dollars pour les
russes Rosneft et Transneft, en
échangede livraisonsquotidiennes
sur vingt ans de 300.000 barils de
pétrole sibérien.D’autres prêts ont
été montés par l’Export-Import
Bank, l’autre grande banque « politique
» du gouvernement, ou par
les groupes pétroliers publiques
eux-mêmes.
Si les capitales et les entreprises
étrangères ont longtemps rechigné
à recourir à ces soutiens chinois
négociés âprement, elles se retrouvent
pénalisées depuis l’été 2008
par la frilosité des établissements
bancaires internationaux qui ont
brutalement réduit leurs crédits et
par les difficultés économiques de
leurs gouvernements, qui rechignentdésormais
à financer les onéreux
travaux de prospection de
groupespétroliersàunmomentoù
le baril est retombé à 60 dollars le
baril après avoir dépassé les
147 dollars en juillet dernier.
Pour trouver des liquidités et
poursuivre leurs investissements,
les géants de l’énergie n’ont plus
d’autrechoixquedesetournervers
Pékin, qui disposeencorede larges
réserves de dollars accumulées
grâce à ses surplus commerciaux.
«C’est finalement une situation gagnant-
gagnant. Ils ont besoin d’argent
et nous de pétrole. Nos intérêts
se rencontrent à un moment où le
prix des matières premières est très
bas », résume le professeur Guan
Qingyou, de l’université Tsinghua
de Pékin.
Pékin, qui a longtemps poussé
ses entreprises d’Etat à privilégier
la prise de contrôle direct de réserves
de ressources ou de sociétés
à l’étranger, a intégré que la négociation
de prêts associés à la livraison
de matières premières ou la
multiplication de contrats de coopérations
permettraient aupays de
s’assurer un approvisionnement
privilégié sur le long terme sans
connaître les humiliantes rebuffades
expérimentées dès 2005 aux
Etats-Unis. Cette année-là, le
géant d’Etat chinois Cnooc avait
dû, sous la pression de parlementaires
américains, abandonner son
projet derachat d’Unocal.Lemois
dernier, Fu Chengyu, le PDG de
Cnooc, reconnaissait d’ailleurs luimême
publiquement que son
groupe et les autres géants du secteur
pétrolier mais aussi minier
avaient récemment « adapté » leur
stratégie de développement.
«Nous n’allons pas nous lancer
dans l’acquisition de sociétés étrangères
pendant la crise financière. A
la place, nous allons chercher des
partenaires qui ont besoin de faire
des investissements et former des
coentreprises avec eux », avait détaillé
le PDG, en ligne avec les
nouveaux ordres de bataille venus
de Pékin.
YANN ROUSSEAU

Les principaux prêts

Russie.
China Development Bank
accorde le 17 février un prêt de
15milliards de dollars au groupe
russe Rosneft et 10milliards de
dollars à la société Transneft. En
échange, la Chine recevra
300.000 barils de pétrole par jour
pendant vingt ans.

Venezuela.
Le vénézuélien PDVSA
s’est engagé le 21 février à
augmenter ses livraisons de brut à la
Chine pour couvrir un prêt de
4milliards de dollars de la China
Development Bank à des
établissements financiers
vénézuéliens.

Angola.
Le 13mars dernier, l’Angola
a confirmé qu’il avait reçu, en
échange de livraison de brut, un
nouveau prêt de 1 milliard de dollars
de la Chine pour financer la
construction d’infrastructures.

Kazakhstan.
Le 17avril,CNPC, le
leader du secteur pétrolier chinois,
prend, en échange d’un prêt de
5milliards de dollars, le contrôle,
avec un groupe kazakh, de la société
MangistauMunaiGas et s’assure un
accès prioritaire à ses futures
productions de gaz et de pétrole.