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En Chine, Lula vient chercher des relais de croissance pour son pays
La Chine est devenue en avril le premier partenaire commercial du Brésil
devant les Etats-Unis. Le groupe pétrolier Petrobras espère obtenir
un prêt d’aumoins 10 milliards de dollars d’une banque d’Etat chinoise.
DE NOTRE CORRESPONDANT
À PÉKIN.
En avril, les deux pays ont échangé pour 3,2 milliards de dollars de marchandises.
Souffrant du ralentissement économique de ses habituels partenaires commerciaux
américain et argentin, le
président brésilien Luiz Inácio
Lula da Silva est arrivé hier à
Pékin pour trouver, en Chine,
des relais de croissance pour les
entreprises de son pays qui se
préparent à affronter une sévère
réces s ion en 2009. Les
200 hommes d’affaires de la délégation
officielle vont essayer,
pendant leurs trois jours de visite,
de sécuriser de nouveaux
contrats avec la Chine qui s’est
imposée, pour la première fois,
le mois dernier comme le premier
partenaire commercial du
Brésil.
En avril, les deux pays ont
échangé pour 3,2 milliards de
dollars de marchandises quand
le commerce bilatéral entre les
Etats-Unis et le Brésil se limitait
à 2,8 milliards de dollars. Au
cours des quatre premiers mois
de 2009, les exportations brésiliennes
vers la Chine, qui enregistre
déjà un début de reprise
économique, ont même augmenté
de 65%pour atteindreun
montant total de 5,6 milliards de
dollars.
Pour compenser l’actuelle frilosité
des groupes occidentaux,
les dirigeants brésiliens espèrent
notamment convaincre leurs homologues
d’investir plus dans
leur pays et leur fontmiroiter un
accès privilégié aux ressources
naturelles dont la croissance
chinoise a tant besoin. Depuis le
mois de février, la compagnie
pétrolière d’Etat Petrobras, qui
s’est lancée dans un plan d’investissement
de 174 milliards de
dollars sur cinq ans, tente ainsi
d’obtenir un prêt de la China
DevelopmentBank, une banque
publique finançant la plupart des
grands projets énergétiques de
Pékin à l’étranger. « Le prêt originel
négocié portait sur 10 milliards
de dollars, mais il semblerait
qu’i l pui sse
mon t e r j usq u’ à
15 milliards de dollars
», expliquait hier
soir Zhou Zhiwei, un
chercheur de l’académie
des Sciences sociales,
à Pékin. En
échange de ces crédits,
le raffineur Sinopec
pourrait se voir
garantir des livraisons
de 60.000 à
100.000 barils de brut
par jour par Petrobras
quand les autres
géants chinois Petrochina,
Unipec et Sinochem
sécuriseraient,
eux, entre
100.000 et 200.000 barils
supplémentaires.
La signature d’un accord aussi
spectaculaire ne manquerait pas
de réjouir les deux capitales
mais pourrait également alerter
les experts brésiliens qui s’inquiètent
déjà de la trop grande
segmentation du commerce bilatéral
avec la Chine. Alors que
le Brésil achète des produits finis
aux sociétés chinoises, plus
de 70 % des exportations brésiliennes
vers la Chine sont composés
exclusivement de soja, de
minerai d’acier et de pétrole.
« Nous devons diversifier nos exportations
vers la Chine et nous
devons donner de la valeur ajoutée
à nos marchandises », prévenait,
il y a quelques jours, Welber
Barral, le secrétaire
brésilien au commerce extérieur.
Des échanges bilatéraux
Lors de ses entretiens, aujourd’hui,
avec le président Hu
Jintao, Luiz Inácio Lula da Silva
devrait ainsi plaider pour une
meilleureouverture desmarchés
chinois aux producteurs de
viande brésiliens qui ont vu leurs
exportations vers la Chine
s’écrouler de 85 millions de dollars
en 2005 à 1,9 million de
dollars l’an dernier. Il va également
demander à Pékin d’acheter
plus d’appareils de son
constructeur aéronautique Embraer.
Afin de convaincre ses interlocuteurs,
le président brésilien
pourrait proposer, comme il l’a
fait en février dernier, d’initier
des échanges bilatéraux n’utilisant
pas le dollar comme monnaie
de référence. Selon le chef
de l’Etat, les contrats facturés en
yuan ou en real permettraient de
réduire les coûts des transactions
des importateurs mais également
des exportateurs. Cette
idée, très compliquée à mettre
en pratique, devrait régaler Pékin
qui a récemment lancé une
violente campagne contre l’hégémonie
du billet vert dans le
commerce international.
YANN ROUSSEAU