http://www.lesechos.fr/digital/ARCHIVES/PDF_20090408_LEC/docslib/articlepdf.htm?article=../article/4851697.pdf?journee=PDF_20090408_LEC
Les autorités de Pékin lancent avec peine la réforme du système de santé du pays
CHINE Le gouvernement chinois promet de revoir en profondeur l’organisation de son système de santé d’ici à 2020,
dont les injustices ulcèrent la population de 1,3milliard d’habitants et pèsent sur les projets de relance
de la consommation intérieure.
DE NOTRE CORRESPONDANT
À PÉKIN.
Depuis les années 1980, les
ménages se retrouvent presque
seuls pour faire face à leurs
dépenses de santé.
Il aura fallu plus de trois ans de
débats houleux, des allers et retours entre 16 ministères et
agences gouvernementales et
même un report de dernière minute
enmars dernier avant que les
autorités chinoises ne parviennent
à publier, hier, le plan de réforme
du système de santé du pays, réclamé
par la population.
Selon le communiqué officiel
accompagnant le projet, Pékin
promet, d’ici à 2020, des services
de santé « sûrs, efficaces et bon
marché » à son 1,3milliard d’habitants,
qui dénoncent régulièrement
les profondes injustices d’un
système ne profitant qu’à uneminorité
de Chinois et pesant sur la
capacité de consommer de l’ensemble
de la population.
Sous le règne de Mao, les familles
bénéficiaient d’un système
de santé rudimentaire mais gratuit,
pris en charge par les communes
populaires dans les campagnesetparlesentreprisesd’Etat
dans les villes. Mais, depuis les
grandes réformes des années 1980
et la disparition progressive de ces
structures collectives, les ménages
se retrouvent presque seuls pour
faireface à leursdépensesde santé
qui ont gonflé de manière artificielle.
Pour pallier le désengagement
progressif de l’Etat qui ne participe
plus qu’à hauteur de 10%de
leur financement − contre plus de
90% il y a trente ans −, les hôpitaux,
où se soigne la population,
ont dû se réinventer. S’ils sont
officiellement restés « publics », ils
ontdéveloppéunmodèle très libéral.
Ilsproposent des consultations
tarifées en fonction de l’expérience
dumédecin et encouragent
régulièrementlegonflementartificiel
des ordonnances. Les dérapages
sontquotidiens.Lemoindre
rhume justifie la prescription de
plusieurs médicaments, souvent
des antibiotiques, vendus dans la
pharmacie de l’hôpital. Des patients
se voient parfois prescrire
des opérations ou des transplantations
inutiles mais très lucratives
pour les médecins.
Dépassés par ces abus, les familles
lesmoinsaisées doiventsouvent
s’endetter à vie pour faire
soigner l’un des leurs. Et des centaines
demillions de Chinois n’ont
eux plus les moyens de se faire
soigner régulièrement et épargnent
l’essentiel de leurs revenus
pour prévenir tout accident de la
vie. Si le système alimente la
grogne contre les autorités, il pèse
aussisur lesprojetsde relancedela
consommation intérieure dont
rêve Pékin pour casser la dépendance
du pays aux exportations et
aux investissements étrangers.
Un flou sur les mesures
Dans son projet de réforme, le
gouvernement promet de lutter
contre la dérive commerciale des
hôpitaux quidevront redevenir de
vrais services publics. Leurs finances,
assure le texte, seront
mieux contrôlées. Le prix des
consultations et de certains médicaments
pourrait être encadré et
des fonds vont être débloqués
pour moderniser les équipements
et surtout développer le réseau de
santédansles campagnes.Enmars
dernier, Pékin avait assuré qu’une
enveloppe de 850 milliards de
yuans (92 milliards d’euros) était
programmée pour financer les
troispremièresannéesderéforme.
Si les experts semblent se féliciter
desbonnesintentions duprojet
gouvernemental, ils s’inquiètent
du flou entourant encore l’essentiel
des mesures. Lesmodalités de
contrôle des hôpitaux, qui font
aujourd’hui la fortune desmunicipalités
et de beaucoup de producteurs
de médicaments, ne semblent
pas validées. L’idée d’une
centralisation des revenus et des
financements a déjà été écartée.
L’encadrement des prix est également
tout aussi peu précis. «La
partie laplusdifficilevamaintenant
être demettre tout ça en pratique »,
soufflait, hier, dans le « South
ChinaMorning Post », Wen Jianmin,
l’undescadres du« Wangjing
Hospital » de Pékin.
YANN ROUSSEAU
Les dépenses de santé
en Chine en 2005
« Les Echos » / Source : statistiques chinoises
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