http://www.lesechos.fr/digital/ARCHIVES/PDF_20090409_LEC/docslib/articlepdf.htm?article=../article/4852334.pdf?journee=PDF_20090409_LEC
La Chine joue les banquiers pour les pays producteurs de pétrole en difficulté
ÉNERGIE La Chine multiplie les accords avec les pays producteurs de pétrole en quête de liquidité afin de diversifier son approvisionnement. Le pays
va verser 4milliards de dollars à un fonds d’investissement auVenezuela.
Pékin cherche à tirer parti de
lanouvelledonnepétrolière.
Depuis quelquesmois, l’empire
du Milieu multiplie les
accords avec des pays producteurs
en quête de liquidités
afin de sécuriser ses réserves
et de diversifier son
approvisionnement. Dernier
pays en date : le Venezuela.
La Chine s’est engagée
hier à verser 4 milliards
de dollars (3 milliards d’euros)
à un fonds d’investissement
sino-vénézuélien destiné
à financer des projets
d’infrastructures. Pour le
président du Venezuela,
Hugo Chavez, le renforcement
de la présence chinoise dans
le secteur pétrolier fait figure de
priorité. Le pays entend fournir
1 million de barils de pétrole par
jour à la Chine en 2013 contre
380.000l’andernier. « Personnene
peut ignorer quele centrede gravité
dumonde s’est déplacé àPékin »,a
déclaré hier le flamboyant président
du Venezuela, lors d’unerencontre
avec son homologue Hu
Jintao.
Pour Pékin, ce resserrement des
liens avec Caracas fait suite à la
signature d’un accord pétrolier
avecMoscou.En février, laRussie
s’est engagée àlivrer300.000barils
par jour à la Chine pendant vingt
ans enéchanged’unprêt de25milliards
de dollars aux groupes publicsRosneft
etTransneft. Jusqu’à
l’automne 2008, ces derniers
n’avaient pas trouvé les conditions
de crédit offertes par les Chinois
satisfaisantes. Mais l’effondrement
du prix du baril et l’ampleur
de la crise économique ont
changé la donne, forçant les
pétroliers russes à recourir
auxliquidités chinoises pour
financer le développement
de leurs nouveaux projets.
Aprèsavoir faitl’acsuidition
de la plupart des actifs clefs
de Ioukos en 2007, Rosneft
est en effet endetté à hauteur
de 19 milliards de dollars.
«Avec 9 milliards de
dollars de dettes arrivant à
échéance cette année, Rosneft
ad’autantplusbesoindu
prêt chinois que le gouvernement
russe a le plus grand
mal à financer ses entreprises
lesplusstratégiques », estime
Thomas Grieder, analyste Asie-
Pacifique au sein du cabinet IHS.
Réaction japonaise
La Chine a adopté une démarche
similaire au Brésil. Fin février, ses
deux géants, Sinopec et Petro-
China, ont signé avec le groupe
public Petrobras un protocole
d’accord portant sur la fourniture
de 100.000barilsà160.000barilsde
pétrole par jour en échange d’un
prêt de l’ordre de 10 milliards de
dollars. Pour le groupe brésilien,
cet argent constitue une bouffée
d’oxygène. Petrobras a lancé un
énorme programme d’investissementde174milliardsdedollars
sur
la période 2009-2013 afin de développer
les gisements ultra-profonds
situés au large des côtes de
São Paulo. Ce programme aux
allures de plan de relance peut
difficilement être décalé alors que
des élections sontprévues en 2010.
Dans ce contexte, Pékin, grâce
aux recettes tirées de ses exportations,
bénéficie d’un boulevard
pour accroître son accès aux réserves
mondiales de pétrole. Son
offensive pousse d’ailleurs le Japon
à réagir. L’Archipel, qui importe
plus de 80%de son pétrole
du Moyen-Orient, a annoncé
mardi qu’il allait investir 33,5 milliards
de dollars au Venezuela
dans ledomainedu pétrole,du gaz
naturel et de la pétrochimie. Les
groupes Inpex et Mitsubishi ont
signé des protocoles pour des projets
d’exploration dans l’Orénoque,
tandis que la compagnie
nationalePDVSArecevaitunprêt
de 1,5 milliard de dollars.
EMMANUEL GRASLAND