Source: LES ECHOS
Pékin tient son pari d’un objectif de croissance de 8 %
Le PIB chinois a gagné 7,9%au deuxième trimestre. Le gouvernement pense
pouvoir tenir ses engagements sur l’année,mais reconnaît que sa croissance
reste déséquilibrée. La reprise a surtout été alimentée par la dépense publique.
DE NOTRE CORRESPONDANT
À PÉKIN.
Alors que le reste de la planète
reste englué dans la
récession, la Chine est sur
le point de réussir à générer,
comme le gouvernement l’avait
espéré, une croissance annuelle
de son PIB de 8 %. Hier, les autorités
ont révélé que le produit
intérieur brut (PIB) du pays avait
progressé, en glissement annuel,
de 7,9 % au deuxième trimestre,
à un rythme bien supérieur aux
6,1 % de hausse mesurés sur les
trois premiers mois de l’année. A
l’annonce de ces performances,
tous les économistes indépendants
ont immédiatement revu à
la hausse leurs prévisions pour le
pays pour parier sur 8,5 % en
2009 et près de 10 % en 2010.
Pour maintenir l’activité dans
le pays et contrebalancer la
baisse, au premier semestre, de
22 % des exportations chinoises,
l’Etat a dépensé sans compter.
Profitant de l’absence d’organisations
politiques concurrentes
susceptibles de critiquer sa gestion
des fonds publics, le Parti
communiste chinois a déroulé
sans ciller son plan de relance
« marketé » à 4.000 milliards de
yuans (586 milliards de dollars).
Partout dans le pays, de nouveaux
chantiers d’autoroutes, de
voies ferrées et de bâtiments publics
sont inaugurés. Selon les
chiffres du Bureau national des
statistiques publiés hier, les investissements
en capital fixe en
zones urbaines ont bondi de
33,6 % sur un an au premier
semestre.
Associées au mouvement de
mobilisation nationale, les banques
d’Etat ont, elles, été appelées
à valider sans rechigner des
crédits pour financer une partie
de ces grands travaux mais également
les achats d’appartements
des particuliers ou l’expansion
des grandes entreprises
publiques, qui ont vu la production
industrielle se ressaisir
(+10,7 % en juin). Sur les six premiers
mois de l’année, les banques
du pays ont ainsi débloqué
plus de 7.370 milliards de yuans
(1.100 milliards de dollars) de
prêts. C’est deux fois plus que
l’ensemble des prêts validés sur
la totalité de l’année 2008.
Aides déséquilibrées
Pour aider certains secteurs industriels,
le pays a également
baissé une série de taxes et a
même offert dans plusieurs provinces,
notamment rurales, des
bons d’achat pour pousser les
ménages à s’équiper en électroménager
ou en voitures de petite
cylindrée. L’ensemble de ces
campagnes a permis de soutenir
la consommation et a contribué
à la hausse de 15 % des ventes de
détail au mois de juin.
Si Pékin s’est félicité hier de la
confirmation de la reprise dans
le pays, les cadres du pouvoir se
sont gardés de tout triomphalisme.
« Certaines entreprises, certaines
régions, certains groupes
n’ont pas encore perçu la reprise
économique », a reconnu Li Xiaochao,
le porte-parole du Bureau
national des statistiques. Dans
les provinces du sud-est du pays,
les plus touchées par la chute
des exportations, beaucoup d’entrepreneurs
privés n’ont ainsi pu
profiter ces derniersmois ni de la
générosité des banques, surtout
réservée aux groupes publics, ni
des campagnes de soutien à la
consommation orientées vers les
sociétés concentrées sur le marché
domestique. « Pour moi, la
situation est toujours aussi mauvaise
qu’à l’automne dernier »,
regrettait, hier, Xiao Long, le patron
d’une société de négoce en
articles de sport basée à Dongguan.
« Mes fournisseurs sont toujours
dans l’incertitude. Ils vivent
au jour le jour dans l’attente de
commandes étrangères. »
Risque de bulles spéculatives
Pointant ce « déséquilibre », les
économistes indépendants
poussent Pékin à affiner ses travaux
de relance pour qu’ils profitent
à l’ensemble de l’activité.
« Le risque est que, dans sa chasse
aux 8 % de croissance, le gouvernement
ne compte trop sur l’investissement
public et l’investissement
résidentiel privé pour
soutenir la croissance plutôt que
d’encourager des réformes structurelles
qui remettraient l’économie
sur la trajectoire d’une croissance
durable », pointait hier Ben
Simpfendorfer, de Royal Bank of
Scotland. Les analystes s’inquiètent
particulièrement de l’énormité
de l’afflux de liquidités lâchées
par les banques, qui
risquent d’alimenter des bulles
spéculatives à la Bourse ou dans
l’immobilier et pourraient, à
moyen terme, pousser à la
hausse les volumes de créances
douteuses. « L’amélioration
d’une tendance ne signifie pas
que toutes les difficultés sont passées
», avait lui-même reconnu la
semaine dernière le Premier ministre,
Wen Jiabao.
YANN ROUSSEAU