Source: Les Echos
la Banque mondiale pousse la Chine à durcir la réforme
Alors que le pays prévoit de débloquer 124milliards de dollars sous trois ans
pour réformer son système de santé, les experts de l’institution invitent Pékin
à décourager la prescription demédicaments et de soins inutiles.
DE NOTRE CORRESPONDANT
À PÉKIN.
Pour comprendre les enjeux
de la réforme du système
de santé chinois, qui devrait
coûter 124 milliards de dollars
sur trois ans aux pouvoirs publics,
les experts de la Banque
mondiale se sont penchés sur les
abus pratiqués dans les provinces
rurales les plus pauvres du pays.
Aux confins du Yunnan comme
dans les zones montagneuses de
l’île de Hainan où sévit encore la
malaria, ils ont découvert desmédecins
et des hôpitaux s’enrichissant
en surévaluant les prescriptions
pour des médicaments
antipaludéens. « La population
locale, issue de minorités et peu
éduquée, n’a qu’une connaissance
limitée des actions de prévention
et les prestataires en profitent. Le
résultat est que les citoyens les plus
pauvres dépensent inutilement et
contribuent à la résistance de la
malaria aux traitements », pointent
les experts de la Banque
mondiale qui ont dévoilé, hier, à
Pékin un rapport très complet sur
« la réforme du système de santé
rural en Chine ».
Partout dans le pays, et surtout
dans les campagnes, des dizaines
de millions de Chinois effrayés
par les abus généralisés s’interdisent
désormais d’entrer dans les
hôpitaux qui surfacturent leurs
services et prescrivent des médicaments
ou des tests inutiles pour
alimenter leurs caisses et compenser
l’absence de financements
publics. « Il va falloir trouver un
système qui n’encourage plus les
services inutiles ou inutilement
coûteux », insistait, hier, Adam
Wagstaff, l’un des auteurs de
l’étude. « Cela va être le plus grand
défi de la réforme », a-t-il estimé
avant de pointer les efforts des
pouvoirs publics pour changer les
mentalités.
Solutions concrètes
Si le gouvernement central a ordonné
la remise à plat du système
de santé national et promis de
débloquer 40 % des 124 milliards
de dollars nécessaires à la mise
en place d’une couverture médicale
de base pour le 1,3 milliard
d’habitants, il a demandé à ses
collectivités locales de financer le
reste du projet et de surtout trouver,
elles-mêmes, sur le terrain
des solutions concrètes.
Dans le Gansu et le Shaanxi, des
provinces pauvres du centre du
pays, plusieurs villages ont ainsi
mis en place un système de tarifs
fixes couvrant 38 maladies ou
soins dans leurs hôpitaux et leurs
dispensaires. Dans le Xinjiang,
plusieurs villages ont accepté, eux,
de payer un salaire fixe mensuel à
leur docteur qui, en échange, soigne
gratuitement l’ensemble des
habitants. « Il existe des expériences
très intéressantes ou les sommes
d’argent payées directement par les
patients ont considérablement diminué
», a insisté Jack Langenbrunner,
l’un des directeurs de la
Banque en Chine.
Pour réduire la facture médicale
des habitants, qui à la campagne
doivent encore assumer
seuls en moyenne 69 % du montant
de leurs soins, la Banque
mondiale presse Pékin d’étudier
une refonte totale des modes de
financement du système. Elle
propose de mettre à contribution
l’Etat central, les collectivités locales,
les assurances privées et
l’ensemble de la population dans
un équilibre qui pousserait les
médecins à favoriser le bien être
des patients plutôt que les profits
de leurs établissements. Les analystes
assurent que cette piste de
réforme servirait l’« harmonie », si
chère à l’actuelle direction du
Parti communiste chinois.
YANN ROUSSEAU